fbpx
Navire EcoMaris

 

Jeune naviguant« On se sert du voilier comme outil d’éducation », nous dit Simon. « À la fin de leur passage, nos apprentis matelots sont capables de prendre le bateau en main et de le contrôler. » Faire des nœuds, larguer les amarres, lever l’ancre, prendre la barre, faire un point sur une carte, connaître les aides à la navigation, arranger les cordages et monter les voiles, mais aussi, sous un volet plus scientifique, connaître et comprendre le fleuve, tout savoir sur les courants, les vents, les marées, en passant par l’étude de la biologie marine, du requin blanc ou du plancton.

Au total, plus de 200 personnes par année y séjournent, encadrées par un équipage composé de quatre personnes. EcoMaris propose plusieurs programmes aux cibles différentes, notamment pour les ados, les groupes scolaires, les communautés autochtones ou les femmes entrepreneures. Mais peu importe la leçon du jour ou la clientèle ciblée, le voilier lui-même agit sur l’ensemble de l’expérience. À bord du navire, on prend le large… et on met le cap sur de nouveaux horizons.

 

Apprendre à naviguer… et à vivre Équipage à bord de l'EcoMaris

Mais que se passe-t-il de si particulier sur l’eau ? « La mer leur donne le temps de faire le point et de voir la vie différemment, comme si le bateau avait une âme de thérapeute. C’est une expérience transformatrice forte. »

Pour le programme Cabestan offert aux ados, ce sont au départ « des jeunes gens qui ne savent pas forcément quoi faire de leur vie et qui veulent un temps de recul. » Et du côté des adultes, « les gens viennent vers nous naturellement quand ils viennent de divorcer, vivent un deuil, veulent réorienter leur carrière, ou ont besoin de temps pour soi. »

À bord, tout s’organise autour de la salle commune et de la grande table centrale. « Il y a une cohabitation, un esprit d’échange et de travail d’équipe qu’on trouve rarement ailleurs. » Et il y a aussi l’expérience parfois ardue du large. « Il faut avoir la couenne dure pour naviguer sur le fleuve, ou vouloir la développer. Ils travaillent fort, se lèvent tôt, participent à l’entretien du navire et aux tâches de la vie quotidienne. » Est-ce assez pour décourager une cohorte d’ados apprentis matelots ? Au contraire ! « Ils veulent revenir. On les sort de leur zone de confort, on brise le cadre des écrans, de la drogue et du niaisage. À bord du navire, Ils sont tout le temps en action et ils se sentent en vie ! »

Équipage à bord de l'EcoMaris
Félix-Antoine Langlois, matelot, Lysandre Beauchemin, matelot, et Charles-Olivier Bonnardeux, capitaine
En 5 ans d’expérience comme capitaine sur l’EcoMaris, Charles-Olivier Bonnardeux nous le confirme. « Quand ils mettent le pied sur le bateau, souvent ils ne savent pas à quoi s’attendre, mais au final, la magie du bateau opère toujours ».

Résultat ? « En lançant le programme, Je n’aurais jamais pensé avoir un impact aussi grand. On peut voir la transformation dans leur face », poursuit Simon. Des exemples ? Un jeune qui manquait tellement de confiance en lui qu’il n’osait pas toucher la barre. « Il ne comprenait pas comment je pouvais lui confier la responsabilité de mon bateau. Quand il a finalement pris la barre, il s’est calmé, il a réussi et il était ému jusqu’aux larmes. Il a acquis une confiance en soi qui lui restera dans sa vie. » La première fois qu’une ancienne du programme Cabestan est revenue avec son brevet de capitaine décerné par Transports Canada. « Elle est passée d’une jeune femme qui n’avait aucune idée quoi faire de sa vie à une femme confiante capable d’amarrer son propre bateau. J’étais trop heureux ! » Voir un jeune qui n’avait jamais quitté Montréal tripper en mettant le pied sur le quai à Québec, ou un autre, dont la tradition familiale le prédestinait à travailler à l’usine, s’ouvrir vers d’autres possibilités professionnelles, comme l’architecture, la mécanique ou la biologie marine « On leur montre que tout est possible. EcoMaris, c’est une catapulte pour les jeunes qui se cherchent. On vient optimiser les forces des gens et développer leur plein potentiel. »

 

Un businessman utopiste 

Simon Paquin
Simon Paquin, fondateur et directeur génréal d'EcoMaris

Psychoéducateur de formation et passionné de navigation, Simon a voyagé des Antilles en Méditerranée, travaillé comme prof de plongée, pêcheur de saumon en Alaska et traversé plusieurs fois l’Atlantique, avant de remettre le cap sur le Saint-Laurent en 2007. « J’ai été conquis ! Je me suis dit qu’on avait un plan d’eau magnifique, mais qu’il n’existait aucun navire-école, alors qu’il y en a partout dans le monde. »

Avec la mission de faire en sorte que le plus de Québécois et Québécoises possible puissent en profiter, le navire vient s’emparer d’un marché niche : celui de l’éducation et de l’initiation à la science. « C’est une véritable vocation », assure Simon, mais les défis ne manquent pas pour maintenir l’opération. La saison est courte et risquée, les frais d’opération, d’entretien, d’embauche et d’acquisition sont énormes… « Ce n’est pas un plan d’affaires classique », nous dit Simon, à tel point qu’il nous raconte avoir suscité beaucoup de scepticisme. « Au départ, je me souviens que mon projet présenté au CLD tenait sur une page. Beaucoup de gens ne comprenaient pas pourquoi je voulais faire ça ».

EcoMarisMais aujourd’hui, EcoMaris compte 40 employés, 2 bateaux, 4 programmes, du financement et plusieurs partenaires. Après plus de 10 ans d’opération, la réputation du navire n’est plus à faire, à tel point que l’équipe peine à répondre à la demande. EcoMaris est également solidement ancré dans la communauté maritime, soutenu notamment par le Port de Montréal, Groupe Ocean, la Voie maritime, la Corporation des pilotes et Fednav. Et de son côté, le navire contribue à la formation de la relève. « Il y a des gens qui viennent faire leurs premiers milles en mer avec nous, puis qui vont travailler sur la Garde côtière, à Groupe Ocean, Fednav ou sur des traversiers. »

Toujours le regard vers l’horizon, Simon travaille sans cesse à monter de nouveaux projets pour élargir son offre, aller chercher de nouveaux publics et gagner en autonomie financière. EcoMaris lancera dès cette année le programme Philomaris, qui s’adresse aux enfants du primaire. Le principe : la philosophie sur l’eau ! « On offre le cadre idéal pour poser des questions et leur permettre de penser autrement ». L’organisme a aussi fait l’acquisition d’un 2e navire, EcoMaris 2, qui pourra accueillir touristes et grand public à la rencontre du fleuve. « Je veux que le plus possible de monde puisse en profiter. Je suis un utopiste et un rêveur fini ! »